J'ai couru un marathon đź‘ź

Comment je suis passée de non coureuse à marathonienne en 1 an.

Arrivée du Trail des Forts 2021 (30km - 900D+)

Je n’ai jamais vraiment aimé la course à pied et de fait, je n’ai jamais vraiment couru. Pourtant je me suis forcée à commencer, pour me dépenser un peu et pour accompagner Antoine qui adore ce sport. Je me suis mise à courir début 2020 et un an plus tard je me lançais dans mon premier marathon. J’ai vécu des sensations hors du commun et depuis j’y repense souvent. Assez souvent pour coucher ici quelques mots sur ce parcours.



-892ème km : La galère. Je me rappelle de ma première course comme si c’était hier : 4km Ă  tout casser Ă  une allure faible (aux alentours de 8min au km). ArrivĂ©e KO, rouge comme une tomate, Ă  me demander pourquoi je fais ça. J’ai remarquĂ© que je me disais toujours ça quand j’étais dans la douleur : « Mais qu’est ce que je fous lĂ  Ă  courir comme une forcenĂ©e alors que rien ne m’y oblige et que je pourrais rester tranquille dans mon canapĂ© ? ». J’ai remarquĂ© que, particulièrement quand je souffre, les pensĂ©es nĂ©gatives font surface dans mon esprit, s’y installent si je les alimente et bouffent mon Ă©nergie.

Ă€ la fin de cette course Antoine m’a dit, comme tout bon coureur aguerri « T’inquiète pas c’est normal. C’est toujours comme ça quand on dĂ©bute mais tu verras qu’après quelques entraĂ®nements tu vas franchir un cap. Une fois ce cap franchi, tu souffriras beaucoup moins et tu vas aimer courir. Tu vas mĂŞme adorer courir. Ă‡a demande juste un peu de persĂ©vĂ©rance et c’est la partie la plus dure. » Je ne le crois pas. Je me dis que c’est peut-ĂŞtre vrai pour certains mais pas pour moi. Ce sport n’est pas mon sport et je ne vois pas comment ce qu’il Ă©voque peut m’arriver.

Pourtant il avait raison.


-823ème km : On y retourne quand ? Petit à petit, j’ai appris à apprivoiser ces pensées négatives et à m’en servir pour qu’elles n’alimentent non plus ma douleur mais mon énergie à poursuivre ma tâche. C’est peut-être de cette manière que s’est opéré mon déclic. Ça et le fait que je commençais à me sentir de plus en plus à l’aise lors des courses… et si bien à la fin.

J’ai beau galérer pendant 30, 45, 60 minutes, à la fin de la course je me sens fière, calme, à la fois vidée et pleine d’énergie. Et une fois que j’ai goûté à ça je n’ai qu’une seule envie c’est de recommencer.

-644ème km : Méditation active. Plus je cours et plus j’apprends que ce qui contribue à mon bien être ne réside pas seulement dans cette sensation éprouvée après-course. J’apprends que la course elle-même me met dans un état méditatif à part. Parfois plusieurs pensées me traversent l’esprit et parfois je ne pense à rien. J’apprécie par dessus tout ce calme et cette simplicité : ne rien faire d’autre que courir.


-520ème km : Le programme. Avec Antoine on commence un programme d’entraînement avec l’objectif de finir un marathon (programme en 16 semaines proposé par Time To). Pour ma part, c’est simplement une manière de me motiver pour aller courir. Suivre un programme donne le tempo et m’incite à faire du sport tout en progressant en course à pied. Je ne pense pas du tout à réellement courir un marathon. Jamais. Ça me semble inimaginable, trop dur, hors de ma portée.


Sur cette photo je remercie mes jambes d’avoir assuré le Trail des Forts 2020 (19km - 700D+)

-324ème km : Enfiler ses chaussures. L’avantage de suivre un programme d’entraînement c’est qu’il est réalisé par des pros dans l’optique de faire progresser et d’atteindre son objectif tout en évitant les blessures et le surentraînement. Les sorties sont variées pour mêler à la fois des courses d’endurance, du fractionné et des sorties longues.

Ça reste, mine de rien, très exigeant et demande pas mal de motivation mais ça m’encourage de faire ça avec Antoine. Quand j’ai un coup de mou ou que les conditions météos sont rudes c’est toujours plus facile de se motiver à deux. Et comme il me le dit toujours : « Le plus dur c’est d’enfiler ses chaussures ! ». Et franchement, quand j’ai la flemme cette phrase fait son effet !



-115ème km : La gazelle. Je sens que j’ai fait d’énormes progrès. Une sortie de 10km est devenue maintenant une routine, rien de plus simple. Je me remémore ma toute première course de 4km et je me dis que j’ai parcouru du chemin depuis (c’est le cas de le dire).

Besançon la veille de notre départ pour le marathon… “Elle commence à tenir cette neige, non ?”

Km zér0 : Euuuh, on fait quoi ? C’est le jour J. Je ne voulais pas faire de marathon à la base (vous vous rappelez ?) mais après des semaines à s’entraîner, je me sens physiquement et mentalement prête à tenter l’expérience. Je me dis que si je ne le fais pas maintenant je ne le ferai jamais.

Oui mais voilà, le jour J les circonstances sont assez cocasses pour se lancer dans son premier marathon. Je vous fais un rapide topo : nous sommes en janvier à Besançon, il a neigé toute la nuit et il continue de neiger et/ou pleuvoir. Le sol est trempé, verglacé. Ah et au fait, il n’y a aucune course organisée. On y va tous les deux en solo avec Antoine, pour le fun, un dimanche matin. Certains sont au chaud en train de regarder leur programme favoris ou de préparer un brunch, nous on va se faire un marathon. Rien de plus normal quoi. Pas d’engouement d’une course organisée, donc. Pas de gens qui nous encouragent en bord de route et je vous assure que ça fait une petite différence…

Donc après avoir regardé la neige tomber au chaud derrière notre fenêtre de salon, je rigole et me tourne vers Antoine “Bon, on fait quoi ?”… “Ben on y va ! Enfin, toi tu fais comme tu veux mais moi j’y vais.” Ah d’accord.

Comment on dit déjà ? “Le plus dur c’est d’enfiler ses chaussures” ? Bon ben gardons ça en tête alors hein. On se chausse et on ne pense à rien d’autre sinon ça va finir en plaid-tisane sur le canapé cette affaire.


Jour J : Équipés, on ne peut plus faire marche arrière.

1er km : C’était pas si dur. Comme souvent, le plus dur c’est le premier pas. Nous voilà lancés et je me sens immédiatement bien. Finalement cette neige ce n’est que de la neige et en fin de compte elle nous fait du bien, elle nous rafraîchit. Une fois sur la route on n’y pense plus, on est bien, il y a quelque chose qui très vite nous transcende.

Ça commence tranquille. Il fait froid, donc, mais on se réchauffe vite et on ne souffre pas trop de la température extérieure (pour la blague, il fait tellement froid que je cours avec mon pantalon de ski de fond alors qu’Antoine, lui, est en short, pépouze). La machine est lancée. Nous voilà sur les premiers pas de ce qui va bientôt être notre exploit personnel.


Jour J ! Ne vous fiez pas au short d’Antoine, ça caille !

2ème km : Les pieds trempés. Ce qui semblait être une plaque de verglas est en réalité une énorme flaque de neige fondue. On va tous les deux de bon coeur dedans (parce qu’on n’a pas vraiment le choix, elle prend toute la largeur de la route) et on se retrouve les pieds entièrement trempés. Ils le resteront toute la course mais notre chance c’est qu’on n’aura jamais froid aux pieds. La course nous aide à rester à température.

15ème km : Le point de demi tour. Tout va bien, on avance côte à côte avec Antoine. Je pensais m’arrêter 30 secondes, comme à un ravitaillement, pour prendre le temps de grignoter une barre de céréale mais Antoine est chaud, il veut continuer alors je le suis pour ne pas créer trop d’écart entre nous et je mange un bout de barre en courant.

23ème km : “Déjà ?” Antoine est devant moi. C’est moi qui ralentis un peu à ce stade. Je commence à sentir un peu de fatigue mais rien de bien important. Je me rends compte que ça passe super vite, sans que j’ai le temps de m’ennuyer. C’est ce qui me frappe quand je vois qu’on est déjà au 23ème km. Je suis complètement en phase avec moi-même. Je n’ai pas de musique dans les oreilles, personne ne se balade sur les bords du Doubs avec ce temps. C’est juste la nature et moi. Le bruit de mes pas sur le sol, mon souffle, mes battements de coeur. Et le calme. Je mange un bout de barre de céréale, que je galère à sortir avec mes mains gelées. Je profite.

30ème km : Le plus dur est fait… ou pas. On n’est pas loin de chez nous. Je m’étais dit qu’à ce stade, si ça allait bien je continuerai et si je me retrouvais face au fameux « mur du marathon Â» je pourrais facilement rentrer Ă  la maison. Antoine vient me demander si je continue, je lui rĂ©ponds « Bien sĂ»r ! » tout en sortant de nouveau un peu de pâte de fruit et je me rends compte que je galère vraiment Ă  utiliser mes mains. Elles sont gelĂ©es et cette sensation de n’avoir plus aucune motricitĂ© fine me dĂ©stabilise un peu.

Je commence aussi Ă  sentir de bonnes douleurs dans les jambes. Je me dis quand mĂŞme que le plus dur est fait et est derrière moi et qu’il ne reste « qu’une dizaine de kilomètres Â». Erreur !

32ème km : Le Mur. On est dans le vrai, dans le dur, dans la phase dont je vais me rappeler pour les reste de ma vie. Aaaaah c’est ça le mur du marathon ?! Je pensais que les derniers kilomètres allaient être faciles. Ben oui après tout, on approche de l’arrivée, il ne nous reste plus qu’une heure de course, j’ai bien tenu jusque là donc la suite devrait être facilement gérable ?! 10km, c’est quoi ? Ce que je fais en entraînement tous les jours !

Non, non. En fait il nous reste 10km, on en a 32 dans les pattes, mes muscles se demandent à quel moment ils vont pouvoir se reposer, mon corps donne tout depuis plus de 3h et si on prend ça sous un autre angle, 1h c’est en fait 1 tiers de la course qu’on vient de faire donc, finalement, ce n’est pas rien ! J’épuise en plus ma réserve d’eau. Contrairement à une course organisée il n’y a pas de ravitaillement, on a tout sur nous et je n’ai clairement pas assez d’eau (je bois beaucoup). C’est Antoine qui viendra me donner des gorgées de temps en temps. Il n’a pas trop bu de son côté.

32ème à 42ème km : La warrior. Je n’ai plus de forces, mes jambes sont hyper lourdes. Je croise les gens dans les rues qui sont de retour du marché ou en train de promener leur chien. Leurs regards m’interpellent. Je me dis alors que mon corps doit montrer quelques signes de fatigue et qu’ils doivent s’étonner de me voir galérer comme ça. Ils ne peuvent pas imaginer qu’on est en train de courir un marathon, je ne pense pas.

Bref, faute de rĂ©serves physiques, je passe le relai au mental. Je m’encourage Ă  voix haute « Allez Luisida, allez ! Tu peux le faire ! Tu vas y arriver ! Allez ! ». Le plus comique et le plus surprenant pour moi c’est quand je commence Ă  chantonner, pour m’aider Ă  garder une respiration rĂ©gulière et pour m’encourager. Pour penser Ă  autre chose aussi. Toujours Ă  voix haute Ă©videmment. Je n’ai jamais connu ça. Ce moment ou je deviens une vraie warrior. Je n’aurais jamais pu continuer Ă  avancer si quelque chose dans ma tĂŞte ne m’avait pas poussĂ©. Je suis littĂ©ralement transcendĂ©e et je me surprends Ă  chaque nouveau pas.

42ème km : C’est fait. Antoine est déjà arrivé depuis quelques minutes. Je fais le tour du pâté de maison pour terminer ma course. Je lâche dans les rues de Besançon les dernières réserves qu’il me reste, si tant est qu’il m’en reste encore un peu. Je me rappelle de “mon arrivée”. À chaque fois que j’emprunte cette rue, qui est à côté de chez nous, je me la remémore. À chaque fois. À la fin de ma course, il n’y a pas d’arche ni de tapis rouge pour accueillir les finishers du marathon, pas de musique ni de public ou de photographe, de speaker qui énonce mon nom. Juste le calme. Le calme d’un dimanche comme un autre, à l’heure de la sieste. Et ça ne fait aucune différence parce que moi je sais. J’y suis arrivée. J’ai couru un marathon.

Gros plat de pâtes mérité en préparation

Moi quand je vois l’arrivée du Trail des forts 🥳


J+2 : Épilogue

Évidemment, après avoir rĂ©ussi le marathon j’ai eu ma mère au tĂ©lĂ©phone. Je lui ai racontĂ© la course dans les dĂ©tails. En bonne maman, elle a souffert avec moi quand je lui racontais le calvaire des derniers kilomètres et elle m’a posĂ© une question Ă  laquelle je ne m’attendais pas. Elle m’a demandĂ© « Mais qu’est ce qui t’a fait ne jamais abandonner ? Qu’est ce qui a fait que tu as continuĂ© ? Tu aurais pu t’arrĂŞter Ă  tout moment. ». Elle m’a prise de court. Je ne savais pas trop quoi rĂ©pondre. Il me semble que je lui ai dis que je me sentais capable de le faire donc que j’ai continuĂ©. J’ai souvent repensĂ© Ă  cette question et je sais aujourd’hui pourquoi je ne savais pas y rĂ©pondre sur le moment : parce que je n’y ai tout simplement jamais pensĂ©. Je n’ai jamais pensĂ© Ă  abandonner. Ça ne s’est jamais prĂ©sentĂ© comme une option dans mon esprit. Il fallait que j’aille au bout et c’est ce que j’allais faire tant que mes jambes me le permettaient. Mais le fait est que dans les jambes, je n’avais en rĂ©alitĂ© plus du tout de jus. Je suis donc allĂ©e puiser l’énergie ailleurs : dans le mental. Quelques mois auparavant je n’aurais pas pu le faire, mais le jour J j’avais suffisamment d’entraĂ®nement, j’avais suffisamment d’expĂ©rience pour savoir de quoi j’étais capable.



Un an avant je ne courais pas. J’ai fini mon premier marathon en 4h30 sans jamais m’arrêter de courir. Depuis, je me suis mise au trail. J’ai fini plusieurs courses dont un 30km du Trail des Forts et le semi-marathon de Cannes en 1h49 💪🏼

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Si vous avez besoin de quelques conseils de base pour vous aider à démarrer dans la course à pied ou pour vous fixer un objectif :

  • Suivez un programme d’entraĂ®nement

  • Restez Ă  l’écoute de votre corps

  • Ayez un minimum de matĂ©riel

  • Échauffez-vous avant vos courses

  • Buvez de l’eau (avant, pendant et après)

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